Transat retour avril 1996

Chapitre 8 page 3.


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Résumé

Participation à une transat retour en mai 1996 entre la Guadeloupe et Saint Gilles Croix de Vie.

Question ? Le bagne existe-t-il ?

Réponse:

Oui !!!
Le propriétaire d’un Sun Odyssey 37 organise le rapatriement de son voilier avec un équipage de 5 Français. Toutes les conditions sont réunies pour réussir agréablement une transat vers la France  : bon voilier confortable, bon équipement, équipage français de bon niveau.
Mais l’anglais est incompétent et traite les 5 français comme des esclaves.
Alors votre serviteur débarque aux Bermudes et rentre à Paris en avion. Voila pourquoi le terme « participation ».

Plan
A. Recherche d'un voilier et contacts printemps 1995
B. Croisière estivale pour tester les équipiers aout 1995
C. Hiver 1995 et transat retour en avril 1996
D. jeudi 2 mai - lundi 6 mai 1996 -- Antigua
E. mardi 7 mai - jeudi 9 mai 1996
F. vendredi 10 mai 1996 ou un départ inattendu

A. Recherche d'un voilier et contacts printemps 1995

1. Recherche d'un embarquement

La traversée de l'Atlantique, en 1987, sur le First 42 a été, pour moi, une aventure extraordinaire dans le cadre de la transat des Alizés. La mauvaise ambiance à bord du bateau m'ayant laissé une insatisfaction, à mon retour, je me suis promis de refaire cette traversée, dans de meilleures conditions. En 1991, mon changement de situation et mon état de santé après mon accident en 1993 m'ont fait renoncer à mon projet, dans la transat des Passionnés.
En décembre 1994, lors du salon nautique, l'organisation de la transat des Alizés a été reprise par une nouvelle équipe jeune et dynamique. J'ai renouvelé mon inscription au club pour chercher un embarquement. Le serveur Minitel de la bourse des équipiers n'a été disponible que début mars. A ce moment, je passe une annonce le 7 mars 1995. Vers le 13 mars, madame Penelope Smith me téléphone pour dire qu'elle a pris connaissance de mon annonce sur le Minitel et que son mari recherche 5 équipiers pour participer à cette course. :
Ce propriétaire, Michael Smith a 58 ans, il possède un sun odyssey 37 dans le port de Sables d'Olonne. Nous convenons de nous rencontrer, à la nuit des alizés, le 31 mars 1995, à paris, sur le princesse Elisabeth, au pied du pont Mirabeau.
Dés mon arrivée, à cette soirée, vers 19h, je retrouve, à bord, monsieur et madame Smith Nous nous installons à une table avec monsieur et madame Arnisson, un couple d'amis et un autre équipier.
Malheureusement, l'orchestre joue un peu fort et les conversations sont difficiles car il faut hurler pour se parler. Ce premier contact est agréable. Nous convenons de nous revoir courant juin chez eux et de naviguer une semaine au mois d'août

2. Premiers contacts

Au week end de la Pentecôte le 4 et 5 juin 1995, nous faisons un saut aux Sables d'Olonne. A cette occasion, j'en profite pour me rendre à Saint Brevin..
Nous convenons d'un rendez vous, le dimanche de la Pentecôte, vers 15h. Je trouve assez facilement leur maison. J'ai apporté quelques documents et mon sextant. Nous allons tous les. deux à Saint Gilles pour visiter son voilier.
Le futur équipage sera composé de 6 personnes : le propriétaire qui parle le français, Monsieur Arnisson dont j'ai vu le CV sur le Minitel, deux anglais et deux Américains qui sont des amis de monsieur Smith.
Le Sun Odyssey est neuf. monsieur Smith me fait visiter le bateau qui est très bien équipé(GPS, radar, anémomètre, loch speedométre... ), trois cabines doubles, deux cabinets de toilette, un carré avec une cuisine le long du couloir.
monsieur Smith m'a fait bonne impression et je suis rassuré de faire la traversée avec lui sur son bateau. Je lui ai apporté 6 bidons de 10l pour les réserves d'eau et 4 bidons de 25l pour le gasoil. Le 6 août, Me Smith m'a a téléphoné pour confirmer le jour de notre embarquement. Il me semble que M eSmith se soit trompé sur les dates.
Le samedi suivant, je lui téléphone pour lui demander la date exacte qui se révèle être le 17 août dans l'après-midi.

3. Jeudi 17 août 1995.

Nous arrivons chez Mr et Me Smith en fin d'après midi.
Michael est parti chercher son ami anglais à l'aéroport de Nantes.
Nous sommes reçus par Penelope qui ne se donne pas la peine de se lever pour nous accueillir, en présence de Jean Paul.
C'est assez surprenant. Ensuite, Penelope ne parle que des sommes colossales qu'ils ont dépensées pour construire leur maison.
En trajet, nous avons décidé que MF ne resterait que si elle trouvait les personnes sympathiques.
Dix minutes après notre arrivée, elle s'est excusée : il fallait qu'elle reparte. Penelope a déplu énormément à MF qui l'a trouvée " nouveau riche et puante de prétention ".
Nous déchargeons mes affaires pour aller les mettre sur le bateauaux Sables d'Olonne. Sur ce dernier, nous rencontrons Andy. J'installe mes affaires dans la cabine bâbord qui est déjà occupé par ce dernier.
Michael a fait installer des toiles anti roulis qui nous permettront de dormir à deux sur les couchettes doubles sans se gêner. Une entreprise est en train d'installer un étai largable en cas de blocage de l'enrouleur de grande voile dans le mauvais temps.
Nous repartons à leur domicile pour le barbecue avec une quinzaine de personnes

B. Croisière estivale pour tester les équipiers aout 1995

4. Vendredi 18 août 1995

Le matin, nous attendons Michael dans le désœuvrement. Le bateau est toujours en bordel car toutes les affaires ne sont pas rangées. Le départ est prévu à 11h et à 10h30 pas de Michael. Soudain précipitation, chargement et rangement rapide.
Départ 11h15. Après 12h, il n'est plus possible de sortir du port, car dans le chenal le niveau de la mer est insuffisant pour le tirant d'eau du voilier. Nous gagnons la haute mer au moteur.
Avec un vent NE et un cap au 180°, nous envoyons la GV et le génois tangonné, alors qu'il est possible de mettre le spi. Curieux. 1h après, nous envoyons cette voile dans sa chaussette avec beaucoup de mal car tout a été mélangé lors du précédent rangement. 10mn après, le vent faiblit et nous mettons le moteur

5. Samedi 19 août 1995

Toujours en mer. Le propriétaire a une curieuse façon de naviguer. Il ne connaît pas le réglage des voiles qui permettrait d'aller plus vite. Il n'envoie pas le spi, vent de travers, car les écoutes vont tordre les chandeliers.
Autrement, la vie à bord est bien organisée et l'ambiance est très bonne.
Les quarts sont bien respectés. Nous arrivons à Santander dans la nuit, vers 6h du matin, avec peu de vent. Nous avons des émotions pour l'atterrissage.
Dans la multitude des lumières de la ville, nous avons du mal à situer les feux de navigation et horreur ! Leurs caractéristiques ne correspondent pas celles des cartes. Nous voulons entrer dans le port, mais devant le peu de profondeur, nous préférons amarrer sur une bouée devant.

6. Dimanche 20 août 1995

Le mouillage est très joli dans une sorte de rivière devant la ville. Nous débarquons pour visiter la ville en oubliant le déjeuner. Chez les anglais, le déjeuner n'a aucune importance. Seuls le petit déjeuner et le dîner sont copieux. Il faudra s'adapter.
En parlant de nourriture, la cuisine n'a pas réussi à deux équipiers qui ont une " crise de foie " et ont des vertiges. Nous trouvons une pharmacie ouverte pour acheter du legalon pour nos deux malades.

7. Lundi 21 août 1995.

Départ de Santander vers 11h.
Nous sommes obligés de remorquer l'annexe avec son moteur, car l'antivol de ce dernier est trop efficace. Nous n'avons pas pu l'ouvrir pour enlever le moteur.
Rapidement le vent tourne et nous nous retrouvons au prés serré à tirer des bords. A part Audrey et Andy, les autres ne sont pas de bons barreurs. Michael est incapable de tenir la barre au prés.

8. Mardi 22 août 1995

Nous tirons toujours des bords et parfois nous mettons le moteur pour aller plus vite.

9. Mercredi 23 août 1995

Nous tirons toujours des bords. Michael me demande de calculer le temps qu'il faudra pour arriveraux Sables d'Olonne. Il décide de mettre le moteur pour arriver à la marée de la mi journée.
Après le retour de cette petite croisière, nous découvrons le but de cette virée à Santander. Audrey est présente à bord pour analyser la personnalité des futurs équipiers et leurs compétences.
Votre serviteur va vous analyser cette croisière : Le propriétaire n'a qu'un seul but : faire la traversée dans de bonnes conditions sans abîmer son bateau. Il ne prend pas de quart la nuit, se couche comme les poules vers 22h et se lève à 7h après un bon sommeil. Il refuse de mettre le spi. Je pense qu'il a peur de cette voile.
Pendant les nuits, les équipiers, n'ayant aucune directive, ne prennent aucune initiative. Ceci va être un problème dans le gros temps. Il faudra faire le nécessaire avant que la situation ne devienne catastrophique. Si la grande voile faseye, personne n'aura l'idée de la border.
A bord, nous sommes un équipage franco britannique. Aucun équipier ne parle très bien l'autre langue. Les manoeuvres sont très lentes et peu efficaces.
Avant d'entrer dans le port de s., nous avons fait des exercices d'homme à la mer. Les résultats ont été catastrophiques Pendant la manoeuvre, si une voile reste bordée à contre ou si elle n'est pas choquée au bon moment l'homme tombé à l'eau y restera à tout jamais.
A cause de la langue, un équipier comme s. ne sera jamais en phase avec le reste de l'équipage. Il m'a paru un peu dans la lune.

C. Hiver 1995 et transat retour en avril 1996

10. Automne et hiver 1995

Courant octobre, après le décès de mon frère Jacques, je renonce à faire la transat des alizés. Cette disparition m'a beaucoup frappée. Nous sommes restés très proches. J'ai cru que nous allions vivre très vieux, tous les deux, comme nos parents.
Jamais je n'ai imaginé que mon frère pouvait mourir si jeune et si rapidement. Michael et Penelope ont été très gentils avec moi et ont très bien compris ma décision de ne pas partir.
Pendant le week-end du 11 novembre, nous avons passé quelques joursaux Sables d'Olonne où nous avons vu Penelope. Elle m'a proposé de faire le retour de la transat. Après quelques jours de réflexion, j'ai accepté cette croisière.
Je me suis renduaux Sables d'Olonne au week-end du 2 et 3 mars 1996.
Le samedi, j'ai déjeuné là bas et nous avons parlé du voyage retour.
Le dimanche à 14h, Michael a organisé une réunion pour que nous puissions faire connaissance. A mon arrivée, deux couples étaient déjà arrivés. Ensuite le troisième équipier est arrivé sans sa femme et Penelope en dernier. Nous avons discuté et Michael a présenté le voyage. Tous m'ont fait une bonne impression. Certains m'ont paru avoir plus d'expérience que d'autres

11. Dimanche 28 Avril 1996

Je prends le même vol aérien que celui que j'ai pris le mois dernier avec des amis c'est à dire un DC 10 de la compagnie A O M. l'avion s'est posé à l'aéroport du Raizet à Point à Pitre vers 14 h 20 HL(TU+4).
Bien notez les heures, car nous allons vivre à bord du bateau avec 3 heures différentes (c'est bon pour la sécurité). Le problème sera développé plus tard.
Je retrouve Claude. à la sortie du hall après récupération de mon sac. Nous prenons un taxi pour aller à la marina de Point à Pitre "le Lagon Bleu".
Vers 16 h nous arrivons au bateau à bord duquel nous trouvons Michael et Penelope. Christian et Jean Paul sont partis avec leurs femmes.

12. Lundi 29 Avril 1996

Michael m'a donné la couchette dans la cabine avant avec lui. Dans celle-ci, aucune toile antiroulis n'a été installée et les places pour ranger mes affaires sont assez réduites. Nous séparons nos couchettes avec nos deux sacs
. Je suis réveillé de bonne heure par le jour. Michael s'est levé à 5 h 30, entraînant un branle-bas de combat sur le voilier.. A 5 h 45, tout le monde déjeune dans le cockpit
A 8 h, Michael, Jean Paul et Christian. vont au chantier pour ajuster la pièce de l'enrouleur qui s'est cassée quelques jours auparavant. Claude a apporté la nouvelle pièce pour Serge..
Quand Michael et Jean Paul reviennent avec la voiture, nous partons à 8 h 30 pour faire les courses au Cora. Nous achetons tout le ravitaillement en frais: fruits, légumes, laitages...
A 13 h, l'enrouleur est remonté et nous passons l'après midi à ranger le bateau.
Soirée sur le bateau d'un voisin Jean Paul, spaghetti et musique.

13. Mardi 30 Avril 1996

Jour du grand départ
Lever 5h30 et départ 7h10. Nous quittons le port de Point à Pitre par le chenal principal.
Nous contournons Basse Terre vers le sud en empruntant le canal des Saintes. Les alizés soufflent à 25 noeuds de l'est et montent à 40 noeuds dans les rafales au sud de la Guadeloupe. Nous prenons 2 ris dans la grande voile pour remonter vers le mouillage de Deshaies avec un vent très irrégulier.
Arrivée à 16 h

14. Mercredi 1 Mai 1996 Deshaies - Antigua

11h30TU Loch = 47, 7 milles Vent au 90° -20 30N
Nuit très ventée. Je suis à la barre de 8h à 12 h avec Michael, nous nous relayons toutes les heures. Michael a établi les quarts pour la traversée et a fait un tableau.
Malheureusement il n'a donné aucune explication et nous découvrons au fur et à mesure l'organisation de la vie à bord.
Par exemple, il n'a pas la délicatesse de me dire que nous allons barrer pendant une heure en nous relayant. Je l'ai deviné après, par déduction
En fait, il a caché les quarts pour éviter de nous dire qu'il dormirait la nuit sans prendre la barre
. Nous naviguons avec un vent de 25 noeuds avec une mer déjà formée, bleu foncée et moutonnée par l'alizé. Le voilier avance au prés bon plein avec une vitesse de 6 7 noeuds.
Nous atteignons rapidement l'île, mais le mouillage très encaissé d'English Harbour, sur la côte Sud Est prés de Falmouth Harbour, est difficile à trouver sur une cote sans amer remarquable et sans bouée.
Nous avons beaucoup de chance de trouver une place, au milieu du port et de bateaux qui participent à la semaine d'Antigua. Nous mouillons l'arrière amarré au quai et l'avant retenu par une ancre, au Nelson Dockyard.
Les deux baies sont remplies de voiliers participant à la semaine.
Nous passons une soirée très agitée en compagnie d'un français et son amie(Roger et Bernadette) qui ont fait la transat des alizés avec Michael.
Roger est un aventurier qui n'engendre pas la mélancolie. Tous les deux parcourent les mers, seul Roger manoeuvre son bateau.

D. jeudi 2 mai - lundi 6 mai 1996 -- Antigua


15. Jeudi 2 Mai 1996 Journée à Antigua.

Nous vaquons à nos diverses occupations: shopping, lavage et ballade dans le village.... Nous allons sur le Contest 42 de Roger pour assister aux régates dont nous ne voyons pas grand chose. Nous montons en taxi sur une colline pour découvrir les très beaux panoramas de l'île. A 17h, aubade de la musique de la police d'Antigua sur notre quai.



16. Vendredi 3 Mai 1996 Départ pour les Bermudes

6h TU Loch = 97 milles GPS = 930 Vent au 60° 20 - 25 N
Lever 6h et départ 9h30 heure locale ou 13h30 heure TU ou 15h30 heure française
Au port, le GPS indique 935, 3 milles, un cap compas de 5°et le loch indique 89, 9 milles.
Nous longeons la côte Sud au moteur avec un vent Est de 18 noeuds et nous naviguons au milieu des régates. Les bateaux tirent des bords autour de nous et nous sommes obligés de changer notre route pour les laisser passer.
Cette situation me permet de faire de belles photos.
Après la pointe Est, nous établissons les voiles. A 21h, nous sommes en travers des îles Barbuda et 17°27 N et 61°50 W.
Trois systèmes horaires cohabitent à bord.
1. Nous vivons à bord avec l'heure locale c'est à dire le sommeil, les repas et les quarts (H-4).
2. Pour entrer en relation avec la France, il faut téléphoner en heure française(H+2), un décalage de 6 heures (H-6).
3. La pendule du bord est réglée en heure TU (H)
4. Nous devons tenir le livre de navigation et reporter le point sur la carte trois fois par jour en heure TU (H).
Nous avons demandé l'explication. Sur un livre français de navigation, il a lu qu'il est obligatoire de tenir le livre en heure TU et il applique bêtement le règlement, n'ayant qu'une expérience très scolaire de la navigation.
Nous devons suivre sa devise "C'est bon pour la sécurité"
Quand je pense que nous naviguons sur un bateau avec un pavillon français appartenant et régenté par un anglais, c'est le comble de l'horreur maritime.
En parlant d'horreur, continuons.
Aujourd'hui, je suis cuisinier à bord, plongeur de vaisselle, nettoyeur de WC et larbin. Je prépare les repas selon des menus établis d'avance et notés sur des listes.
Comme le rangement a été fait en dépit du bon sens, les boites de conserves de la journée sont rangées en dessous.
La morale de ce problème est qu'il faut tout déranger pour trouver les boites. Bien sur, cette recherche se fait dans des coffres dans un bateau gîté à 30° et secoué comme un shaker pour cocktail, par l'alizé de 20 noeuds.
Jean Paul est traumatisé par sa journée de cuisine. Chez lui, il ne met jamais les pieds dans la sienne. En plus, il fait très chaud à l'intérieur.
Nous voyons la côte d'Antigua s'éloigner. Le voilier a un ris dans la grande voile et un foc sur l'étai largable, avec un vent de 20 noeuds d'Est.
Nous naviguons, au bon plein, à 6, 4 noeuds dans une houle de 1, 5 à 2 mètres qui provoque un roulis irrégulier gênant nos déplacements et nos activités.
Michael étant propriétaire du bateau, est le seul maître à bord, mais il est le plus mauvais barreur. Il possède un nombre impressionnant de diplômes anglais ou masters qui sont de vulgaires papiers.
Il n'a aucune expérience sérieuse de navigation. Il n'avait pas prévu que l'île "Barbuda" était sur notre route et ne s'est pas inquiété de cet obstacle. Nous avons du naviguer au plus prés pour passer au vent, à 0, 5 mille de la côte, dans une mer trèsdésordonnée.
Si le voilier était devenu ingouvernable, nous faisions côte dans la demi heure.

17. Samedi 4 Mai 1996

16h TU Loch = 235, 6 milles GPS = 786, 5 milles 19°29'26 N 61°58'50 W
Vent au 60° 15-20 N
Nuit épouvantable.
L'alizé souffle toujours à 20 noeuds et Michael a décidé de naviguer au prés pour gagner dans l'Est. Pour quelle raison. Mystère. Normalement, selon les Pilots Charts, le vent va tourner SE - S vers les Bermudes. Il sera toujours temps de prendre un cap vers l'Ouest.
Pour nous éviter cet enfer, il suffirait d'abattre de 10° pour que la vie soit moins difficile.
Je ne peux plus coucher dans la cabine avant. L'étrave du bateau bouge trop et les mouvements m'empêchent de m'endormir.
J'ai barré de 8h à 12h et ensuite dormi dans une cabine arrière de 12h à 16h.
Depuis mon arrivée, sur le bateau, je soigne les piqûres de moustiques de Christian. qui se sont infectées. Elles se situent sur les fesses. Je dois lui faire des pansements tous les jours. Il prend du clamoxyl depuis le 30/04.
La séance des soins est assez folklorique car Christian. a les fesses à l'air.
Le bateau est assez gîté. La mer n'est pas forte, mais la houle et les vagues croisées provoquent des mouvements irréguliers et secs qui rendent la vie difficile.
De plus, des vagues mouillent régulièrement le cockpit et les personnes qui se trouvent sur le pont.

18. Dimanche 5 Mai 1996

16h TU Loch = 378, 2 milles GPS = 637 milles 21°50, 27 N 62°27 W
Vent au 60° 15-20 N
Nuit identique sans sommeil. Nous sommes toujours au prés. Le vent a tendance à refuser, ce qui nous oblige à prendre un cap plus serré prés du vent.
A midi, encore une réflexion de Michael.
Qui a laissé le clapet des WC mal positionné ? Cette question est posée à la cantonade et d'une façon brutale et désagréable.
Il sait parfaitement que nous sommes seuls lui et moi à les utiliser. Je ne vais pas supporter longtemps ce genre de réflexion.
D'autres raisons vont me décider à quitter le bord aux Bermudes.
1. Michael n'écoute jamais la météo, il va aborder les Accores sans prendre connaissance du mauvais temps possible. Il est complètement inconscient.
2. A bord, il ne sait pas tenir un cap et au plus prés serré, les voiles faseyent et le voilier a tendance à reculer. Les équipiers sont ses larbins. Un comble.

19. Lundi 6 Mai 1996

16h TU Loch = 514, 6 milles GPS = 495 milles 24°09, 98 N 62°50, 18 W
Vent au 60° 15-20 N
Nuit identique aux autres.
Nous sommes toujours au prés.
Maintenant je me suis installé une couchette dans le carré. Je construis mon nid, je mets un coussin de la banquette sous la table contre les 2 pieds.
De cette manière, je suis calé et je peux dormir un peu, mais souvent mon montage glisse et je me retrouve coincé sous la table dans le vide. Fini le repos.
Ce matin, r. a pêché une dorade coryphéne que nous avons mangée en papillote ce midi.
Cet après midi, nous avons passé une heure à bricoler le bout de l'enrouleur qui est sorti du tambour

E. mardi 7 mai - jeudi 9 mai 1996

20. Mardi 7 Mai 1996

16h TU Loch = 635 milles GPS = 355 milles 26°19'N 63°18'W
Vent au 60° 15-20 N
Pendant mon quart de 5h à 8h, le vent a faibli entre 8. 10 noeuds et la vitesse a diminué.
Pour l'équipage, la matinée a été bien remplie : lessive, toilette et rangement. Hier, je n'ai pas eu le courage de faire ma toilette.
L'eau est rationnée. Nous avons une bouteille de 1, 5 litre d'eau douce des réservoirs par jour et par personne pour la toilette et la lessive.
Chaque équipier gère son eau en fonction de ses besoins journaliers. Pour la boisson, l'eau en bouteilles n'étant pas limitée, nous consommons en fonction de nos besoins.
La vaisselle est faite exclusivement à l'eau de mer et la cuisine avec un mélange d'eau de mer et celle des réservoirs
A 7h45, nous avons enregistré la météo de RFI sur le magnétophone de Jean Paul mais la bande est inaudible. J'ai tracé une carte avec les zones météo de l'atlantique. Il faudra connaître le temps à l'approche des Accores.
Vers 11h, manoeuvres sur le pont, nous effectuons la prise de 4 ris pour nous entraîner.
L'après midi est très calme. Pendant mon quart de 16h à 18h, le voilier avance au prés à 5 noeuds. Nous mangeons à 19h et souvent nous nous couchons vers 20h.
A partir de cette heure, les quarts de nuit commencent et nous essayons de dormir un maximum de temps entre les quarts pour récupérer.
Le chef part dans la cabine avant se coucher et laisse ses équipiers sans instruction pour la navigation de la nuit.
A 8h du matin, il réapparaît.
L'organisation des quarts est immuable, seules les heures changent. Pour ma part, je suis réveillé par Claude. et je suis de quart sur le pont avec Christian. pendant 2h et Jean Paul pendant 1h.
Nous nous relayons à la barre toutes les demies heures. Je finis mon quart en réveillant r.. Généralement, nous sommes de quart de 3h 1 ou 2 fois par nuit.
Michael a établi ce système sans nous consulter.
Il est mauvais pour l'ambiance à bord du bateau..
Je n'ai jamais été de quart avec Claude. ou r.. Nous retrouvons toujours les mêmes personnes et il s'établit des clans.

21. Mercredi 8 Mai 1996

16h TU Loch = 749, 4 milles GPS = 244 milles 28°20, 88 N 63°42, 6 W
16 h de moteur
Repas dans le carré
Je suis "the mother" aujourd'hui. Je prépare pour ce midi une salade de thon, pâtes, tomates, courgettes et maïs avec une sauce moutarde et pour ce soir, une fricassée de porc avec des haricots verts et des crèmes caramel.
Vraiment une bouffe pour anglais.
Depuis ce matin, nous naviguons au moteur sous un soleil torride. Nous traversons un "pot au noir", une zone de calme entre les alizés et la zone des vents d'ouest.
Nous avons pu entrer en contact avec Radio Saint Lys. La femme de r. n'a pas répondu, mais Christian. a pu parler avec sa femme.
Depuis hier, je lis le mode d'emploi de la BLU et j'ai pu la régler pour que l'on puisse avoir des communications audibles. Vraiment Michael n'est pas bon à grand chose.
Cette nuit, pendant le quart avec Jean Paul, nous avons envoyé les voiles avec un vent de 270° à 8-10 noeuds.
Nous avons navigué au moteur pendant 16h.

22. Jeudi 9 Mai 1996

16h TU Loch = 864, 4 milles GPS = 125, 6 milles 30°22, 6 N 64°10, 86 W
Arrêt du moteur 01 h50 Vent au 270° 10 N
Ce matin, plusieurs équipiers m'ont reproché de laisser les écoutes sur les winches et les manivelles.
Normalement, après chaque manoeuvre ou réglage, les bouts doivent être ranger de la façon suivante :la glène des écoutes doit etre lovée en boucles assez grandes et le sommet est maintenu pour un tour mort fixé par un morceau de bois.
Cette façon de faire m'irrite car les équipiers évitent de toucher aux écoutes pour éviter cette contrainte.
Il est 15h30 et nous sommes à 100 milles des Bermudes.
Dans la fin de l'après midi, le vent a tourné pour souffler du Nord, c'est à dire il faut tirer des bords.

F. vendredi 10 mai 1996 ou un départ inattendu

23. Vendredi 10 Mai 1996

16h TU Loch = 970, 5 milles GPS = 28 milles 31°57, 8 N 64°28, 2 W
Vent au 0° - 90° 10-20
Dans la nuit, les vents se sont établis au NE et nous pouvons naviguer directement sur les Bermudes.
Jean Paul et Christian. sont très agréables, Claude. sans intérêt et r. occupé à bricoler avec son fil de fer de portemanteau..
Je me demande pourquoi je traverse l'Atlantique avec un chef de bord qui me " gueule " après, qui nous prend pour des esclaves, qui n'écoute jamais la météo et qui barre très mal le jour pendant que les équipiers font avancer le voilier au maximum la nuit
14h. Cette traversée ne m'intéresse plus.
Maintenant nous approchons de l'île qui apparaît à l'horizon à contre jour. Le soleil nous empêche de voir les amers, maintenant je ne participe plus à rien.
C'est l'effervescence à bord à l'approche de l'île.
Michael est devenu très nerveux car l'atterrissage l'inquiète. En regardant la carte, l'approche est sans danger et l'entrée du port me paraît facile. Pour m'occuper, je fais des points GPS pour suivre notre route sur la carte.
Horreur!. Je me rends compte qu'ils ne naviguent pas sur la bouée d'atterrissage, mais sur une autre. Michael a fait la route et ce waypoint a été entré par lui avec mes chiffres. Il fallait qu'il vérifie la position de la bouée.
Honnêtement, je lui signale. L'anglais va essayer de me prouver que c'est de ma faute. Les échanges verbaux montent d'un ton.
C'est fini, je débarque demain. Ma décision est irrévocable.
Nous embouquons la passe. La teinte de la mer est bleue turquoise, mais je ne trouve pas l'île très belle à cet endroit.
En l'approchant, l'île paraît recouverte de plaques de neige qui sont en fait les toits des maisons en ciment recouvert d'une peinture blanche.
A 17h, nous nous amarrons au quai des douanes à Saint Georges.
21h TU 17h HL Loch = 1005, 3 milles GPS = 0 milles
Arrivée aux Bermudes à St Georges Nous trouvons un restaurant au bord de la mer "The White Horse Tavern". Au début du dîner, j'annonce ma décision de quitter le bord et de rentrer à Paris en avion. Dîner très calme.

24. Samedi 11 Mai 1996

Dans la matinée, je fais mes bagages et vers 11h30, je pars à Hamilton où se trouve la seule agence de voyage ouverte un samedi matin "Meyer Travel Agency".
Une employée très aimable me trouve, pour aujourd'hui (to morrow), un vol les Bermudes - New York - Paris par Air France à 15h.

25. Dimanche 12 Mai 1996

Je couche dans le seul hôtel qui a une chambre libre "Marriott Castle Harbour Hôtel ". Un palace.

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