Transat convoyage nov 1996

Chapitre 8 page 4.

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La Transat convoyage Lagos (Portugal)- le Marin (la Martinique)

Résumé
Transat convoyage en novembre 1996
Convoyage d’un sloop métallique de 11, 95 m, de Lagos au Portugal au Marin en Martinique, en novembre 1996, avec un équipage de trois jeunes. Le bateau est tellement lourd et mal voilé qu’il ressemble plus à un fer à repasser qu'à un voilier.
Plan
A. L'origine de cette transat et le voyage vers Lagos le vendredi 15 novembre 1996
B. Trajet Lagos - madère du samedi 16 nevembre au mercredi 20 novembre
C. En mer du vendredi 22novembre au jeudi 12 décembre 1996
D. Arrivée sur la Martinique le samedi 14 décembre 1996

A. L'origine de cette transat et le voyage vers Lagos le vendredi 15 novembre 1996

1. L'abri

Nous allons convoyer, de Lagos au Portugal au Marin en Martinique, un voilier, sloop métallique de 6 couchettes, type casamance à cockpit central, armé en 1° catégorie, d'une longueur de 11, 95 m et d'une largeur de 3, 82 m, avec un moteur Volvo 40 ch et dessiné par l'architecte : Jacques LASSERE (architecte inconnu : heureusement).
Le voilier était, depuis le mois d'août, dans la marina de Lagos.

2. L'origine et les préparatifs

Ma participation à cette transat est due au hasard. une connaissance me dit que son gendre cherche des équipiers pour convoyer un voilier des Canaries vers les Antilles.
Je réponds que ce voyage m'intéresse et que, s'il reste une place, il peut me contacter.
Le 11 octobre, François me téléphone. Je lui demande quelques jours pour en parler avec ma femme et m'organiser. La décision est rapide, car le 18 octobre nous prenons rendez vous pour nous rencontrer le lundi 21 octobre.
Le premier contact est facile et chaleureux. Nous parlons bateau, nous discutons sur le projet de sa transat et je lui demande des précisions sur le voilier qui se trouve, non aux Canaries, mais dans le sud du Portugal à LAGOS.
Avant la fin de notre rencontre, je lui confirme ma participation et je me charge des billets d'avion.
Par l'agence OTU de Caen, je me renseigne sur les vols vers le Portugal. Nous pouvons avoir un vol direct Paris - Faro, mais il leur faut le nom des passagers pour retenir les places.
Le lendemain, François me communique les noms, mais l'avion est plein. Nous aurons deux vols Paris Lisbonne et Lisbonne Faro (aéroport situé sur la côte à 80 km à l'est de Lagos).
Le 1 novembre à 17h, je rencontre, chez François, les autres équipiers pour préparer la transat. Ils sont jeunes comme François, la trentaine, et sympathiques.
Pierrot a déjà fait deux transats dont l'une avec François et Stéphan n'a jamais quitté la côte des yeux.
L'ambiance est très détendue et le tutoiement arrive très rapidement.
Chacun prend des notes et nous décidons que nous ferons l'avitaillement du voilier à Lagos ensemble le samedi et que nous préparerons les listes pendant le voyage le vendredi.
Chacun va s'occuper de quelque chose. Je propose, après l'accord de tout le monde, de réserver la location d'une voiture pour le vendredi et samedi
Nous allons faire cette transat sans radio BLU c'est-à-dire sans liaison radio avec nos familles.
Si un problème se présente à bord, il faudra le résoudre avec les moyens du bord. Si notre mât tombe, si le circuit électrique est hors d'usage ou si nous cassons le gouvernail, il faudra faire face.
Les points positifs sont les suivants : bateau métallique et neuf, capable d'affronter une mer difficile, nous prenons la route des alizés, le golfe de Gascogne n'est plus à traverser.
Après 4 ou 5 jours, nous aurons du beau temps. Sans doute, nous nous arrêterons à Madère ou aux Canaries.
La route directe est trop près des dépressions atlantiques.

3. Vendredi 15 novembre 1996

A 2h du matin, je regarde la télévision pour attendre le départ. Nous avons vu, ce soir, au théâtre de Saint Lô, l'Avare avec Daniel Prévost. Tout va bien, le moral est au beau fixe. Depuis 2 jours, je reçois les cartes météo. J'en emporte une dizaine pour pouvoir suivre l'évolution du temps sur l'atlantique. A 4 h précises, la voiture est là. Nous sommes accompagnés par la femme de François qui va garder la voiture.
A 6 h30 nous sommes à Orly. Nous décollons à l'heure avec Air Portugal. Atterrissage à Lisbonne à 10 h 30, nous devons retarder nos montres d'une heure qui correspond à l'heure TU A 2 h 20, nous prenons un avion à hélices vers Faro qui est atteint à 15 H 30.
Dans le hall de l'aéroport, l'agence Hertz nous fournit une Clio.
A 17 h nous retrouvons le voilier dans la marina de Lagos :pontons verrouillés avec des portes à carte magnétique, toilettes en marbre et accueil formidable.
Nous découvrons le bateau qui est très beau : coque métallique bleu marine, pont blanc recouvert d'antidérapant trémaster, bel accastillage de pont avec son cockpit central, intérieur en bois clair, le triangle avant en lit breton.
Nous atteignons la cabine arrière par une coursive qui sert en partie de cuisine. L'intérieur paraît très vaste parce qu'il n'est pas cloisonné. Nous visitons le bateau de fond en comble. Nous dînons au restaurant sur le port.

B. Trajet Lagos - madère du samedi 16 nevembre au mercredi 20 novembre

4. Samedi 16 novembre 1996

C'est la journée des préparatifs et des achats de nourriture pour notre traversée de 20 jours. Une équipe va au supermarché, prés du port. L'autre prépare le voilier. Nous réparons le loch dont la tête est sale et le branchement coupé. Nous nettoyons les réservoirs à eau avant leur remplissage.
Tout le monde s'active dans la bonne humeur et le rangement est fait d'une façon cohérente, ce qui permettra de retrouver le ravitaillement dans de bonnes conditions.

5. Dimanche 17 novembre 1996 1er jour

Le bateau est prêt pour le départ.
Stéphan et Pierrot retournent au supermarché pour les derniers achats. Nous restons à bord pour faire les derniers préparatifs : graisser les mâchoires du tangon de spi qui sont grippées, faire le plein de l'eau.
Dès que Stéphan et Pierrot sont rentrés, nous demandons à la capitainerie du port de soulever la passerelle piétonnière pour nous puissions sortir le bateau. Nous faisons le plein de fuel et François règle le stationnement du voilier depuis le mois d'août.
Nous appareillons de Lagos à 12 h 45. Nous prenons le cap de 200°, grand largue, avec un vent de 5 à 6, avec une vitesse de 7 N.
A l'intérieur, Pierrot et Stéphan s'activent à la cuisine. Ils cuisent un rôti de porc avec des patates et des œufs durs pour la nuit.
Le bateau est lourd, mais avec ce vent, il avance bien. Vers 17 h, nous perdons de vue la côte et la nuit commence à tomber. François met en fonctionnement le régulateur d'allure et après des tâtonnements, l'appareil garde le cap désiré.
Je suis de quart de 24 h à 6 h donc nous allons nous reposer avant. La nuit est belle et le ciel étoilé. La température est très agréable.
Vers 3 h, une zone nuageuse nous apporte du vent et de la pluie. Le régulateur nous évite de barrer continuellement, mais dans les surventes il faut reprendre la barre car ce dernier n'empêche pas le voilier de partir à l'auloffée.
La mer semble forte et les vagues font bouger le bateau. Nous avons atteint la vitesse de 9 noeuds.

6. Lundi 18 novembre 1996 2e jour

Notre cap est 260 °. La température de la mer est de 20, 1°. Nous avons l'intention de passer, soit par Madère, soit par les Canaries. Le vent s'est calmé et la mer aussi, mais il reste un bon force 5.
Ce voilier à bouchains est instable et avec un vent moyen, le roulis est important et incessant.
Nous avons du mal à nous reposer. Nous avons des couchettes doubles agréables au port mais dans lesquelles nous ne pouvons pas nous caler pour bien dormir. En plus tout l'équipage n'est pas encore amariné.
Données techniques (notées tous les jours à 13 H TU) : Distance 162 milles cap 219, 3° vitesse 6, 97 n

7. Mardi 19 novembre 1996 3e jour

Dans la nuit, le vent s'est calmé et surtout la mer. La grosse houle a disparu. Le vent étant faible, les voiles ont tendance à battre.
Vers 10 H Pierrot essaie d'envoyer le spi asymétrique qui se révèle un simple gennacker dont la surface est inférieure à celle du génois. Nous sommes obligés de supprimer les lattes de la grande voile qui cassent les coulisseaux, ce qui pourrait à terme la déchirer.
Ce midi, nous avons écouté le bulletin météo, sur RFI 15300 khz, à 11 h 45, mais ce dernier était commencé. Nous avons entendu la fin. La météo donnait un avis de tempête sur les zones au nord, jusqu'à Ouest Portugal, le reste nous ne l'avons pas entendu.
Le baromètre de bord est monté de quelques HP.
L'équipe s'entend très bien. A bord, il n'existe pas d'organisation précise. Chacun essaie de participer selon ses compétences et ses goûts.
Pas de mother, pas de menus préétablis.
Les quarts se font à deux personnes pendant 6 heures. Pierrot s'occupe de la cuisine et moi de la vaisselle. François note le point sur le livre de bord toutes les 12 heures et moi je fais la navigation.
Mon ordinateur est posé sur un petit bureau dans la cabine arrière à l'abri de l'humidité.
Notre rythme de vie avec François est le suivant. Nous nous levons à 24h pour prendre notre quart jusqu'à 6 h. Cette nuit, nous avons mangé une soupe, des pâtes à la Bolonaise avec du jambon, un yaourt et des clémentines.
A 6 h nous nous couchons pour nous lever à 9 - 10 h.
Le repas de midi est pris tous les quatre.
A partir de 12 h, nouveau quart et coucher à 18 h.
Données techniques : Distance 130 milles cap 242, 9° vitesse 5, 20 n

8. Mercredi 20 novembre 1996 4e jour

La matinée est occupée par la toilette, la première depuis le départ. Météo : vent de N 3 à 5 puis NE 2 à 4 sur la zone Madère.
Données techniques : Distance 111, 8 milles cap 246, 7° vitesse 4, 66 n
Le vent est tombé depuis 10 h et nous avançons au moteur sous les orages. A bord, nous vivons avec l'heure GMT.
Vers 16 h, nous apercevons droit devant nous une île de Madère située à 70 milles.
Aujourd'hui, j'ai fini de programmer le GPS de bord qui est un bon appareil mais dont la notice est difficile à comprendre.
Le vent tarde à remonter et nous naviguons au moteur avec la grande voile qui bat avec un bruit sec et énervant

9. Jeudi 21 novembre 1996 4e jour

A minuit, nous prenons notre quart. La nuit est plus douce et je suis sur le pont sans ciré, juste avec un gros pull. La mer est à 21°.
Maintenant nous longeons l'île Porto Santo à 5 milles au sud. Nous commençons à apercevoir l'île principale Madeira avec son phare puissant. Mais la lune disparaît et nous n'avons pas de carte de détail.
Pour ces raisons, l'approche commence à être folklorique et à chaque fois, nous avons l'impression de voir des problèmes où il n'y en a pas : feu scintillant inconnu croisant le voilier en grande vitesse, taches apparaissant sur le radar que nous prenons pour des bateaux de pêche sans feux, droits devant nous.
Tous ces incidents font partie des approches nocturnes difficiles.
Vers 8 h, nous nous levons pour voir l'arrivée sur Funchal que nous atteignons à 9 h30.
Accueil extraordinaire, " le port est plein, dehors " dixit le responsable des WC du port.
Nous arrivons à nous mettre à couple d'un voilier juste à l'entrée du port dans le ressac.
Météo :Madère E NE 3 à 5 et Canaries NE E 4 à 6.
Données techniques : Distance 101, 4 milles cap 242, 6° vitesse 4, 95 n
Dans l'après-midi, nous faisons les derniers bricolages et les préparatifs avant notre départ demain matin : réparer le régulateur d'allure, couper les lattes de la grande voile, vérifier les fixations des haubans au mat et faire le plein d'eau.
Nous dînons au restaurant à Funchal dans la vieille ville. Les seules qualités de ce restaurant sont l'amabilité du patron et sa gentillesse.
N'acceptant les cartes bancaires, Il nous a laissé partir sans payer pour que nous puissions retirer de l'argent liquide dans un distributeur et nous sommes revenus le payer et nous avons fini nos pièces en buvant des bières.

C. En mer du vendredi 22novembre au jeudi 12 décembre 1996

10. Vendredi 22 novembre 1996 5e jour

Nous avons payé notre place 3000 escudos. Une somme élevée pour la qualité de l'accueil et l'état des sanitaires.
Départ 10 h 25.
Météo : Madère vent NE E 3 à 4.
A 11 h 25, nous mettons le moteur en route avec un cap de 230°. Nous retrouvons la pétole qui transforme notre navigation en galère.
Dans l'après-midi, François nous propose un nouveau système de quarts. Pour nous, l'horaire sera le suivant : 22 h à 4 h du matin et 10 h à 16 h. Tout l'équipage est d'accord.
A 22 h, nous arrêtons le moteur, le vent s'étant un peu levé. Le voilier avance à 2 - 3 noeuds avec la grande voile qui claque : bruit énervant et mouvement qui abîme la GV.

11. Samedi 23 novembre 1996 6e jour

A 4 h du matin, quand nous descendons nous coucher, les lueurs de Madère ont presque disparu.
A 9h, je me lève. Le vent a bien forci et nous naviguons grand large. Je décide de tangonner le génois et d'ouvrir la grande voile. Le bateau part à 6 - 7 noeuds. Le vent est NE 4 avec une petite houle
Depuis hier, nous sommes en maillot de bain sur le pont. La température est agréable et le soleil chauffe bien.
Météo : Madère vent NE 3 à 5.
Données techniques : Distance 116 milles cap 239, 8° vitesse 4, 83 n.

12. Dimanche 24 novembre 1996 7e jour

Maintenant, nous naviguons les deux voiles en ciseau avec un petit vent de Ne. Le régulateur d'allure n'a pas assez de vent pour fonctionner correctement. Le bateau fait des lacets parce que le régulateur rectifie le cap un peu tard.
Souvent la nuit, le voilier avance sans personne à la barre, soit nous sommes à l'intérieur pour préparer les repas ou lire dans le carré, soit, la nuit, nous admirons la beauté de la mer sous un ciel très étoilé.
Météo : Madère vent de NE 3 5.
Données techniques : Distance 101, 76 milles cap 227, 3° vitesse 4, 24 n
Malheureusement, le vent n'est pas assez fort et nous nous traînons. Notre arrivée en Martinique sera plus tardive que prévu. Ce qui m'inquiète un peu. De plus nos réserves en nourriture ne sont pas énormes.
L'après-midi a été très calme, le vent toujours faible, nous avançons à 3 noeuds péniblement. L'équipage n'a pas le moral.

13. Lundi 25 novembre 1996 8e jour

Dans la nuit, nous avons eu plusieurs averses qui ont apporté un peu de vent. Nous avons aussi croisé un navire.
A 10 h, quand je me suis réveillé, le vent était levé. François a décidé de mettre le genacker sous le grande voile, ce qui permet à la voile d'avant de mieux porter.
Ce midi, au déjeuner, nous avons mangé des poireaux au jambon. Pierrot a mis une ligne de pêche achetée à Madère, mais tout a été arraché à la première prise. Pierrot en a refait une autre plus solide avec du fil acier. Il avait été chargé, avant le départ, de s'occuper du matériel de pêche. Il l'a seulement acheté à Lagos en pensant pêcher des maquereaux.
Avec François, nous lui avons joué un tour. Pendant son repos, nous avons accroché une bouteille plastique avec une boite de thon en conserve pour lui faire croire qu'un poisson avait mordu. Il a remonté la ligne persuadé d'avoir pris une dorade.
Données techniques : Distance 91, 4 milles cap 231, 5° vitesse 3, 81 n.

14. Mardi 26 novembre 1996 9e jour

Maintenant, le vent a l'air de se maintenir. Nous espérons faire environ 140 milles dans les 24 heures.
Sur ce bateau de construction amateur, la circulation et les déplacements n'ont pas été prévus. Aucune main courante n'existe sur le pont et l'intérieur. Pour aller de l'avant à l'arrière, il n'existe pas de points fixes pour se tenir. Chaque déplacement est un jeu d'équilibre avec les mouvements du voilier.
Ce dernier est un bateau métallique à bouchains qui n'est pas appuyé par ses voiles, le vent étant trop faible. Le voilier se roule beaucoup et ce mouvement fait claquer les voiles.
Météo : vent sur Madère E NE 3 à 5
Données techniques : Distance 135 milles cap 240° vitesse 5, 63 n
L'ambiance est très calme. Les quarts à quatre d'une durée de six heures nous obligent à dormir pendant la journée, pour récupérer.
De 22h à 4h du matin quart à la barre. Période difficile pendant laquelle nous avons envie de dormir.
De 4h à 10h repos, nous sommes réveillés rapidement par le jour vers 8h.
De 10h à 16h quart.
De 16h à 22h repos. Période pendant laquelle le sommeil est impossible. Le rythme de la nuit commence à cette heure
De 22h à 4h du matin nouveau quart.
En conclusion 6h de sommeil par 24 h. C'est peu.

15. Mercredi 27 novembre 1996 10e jour

Toujours le même temps.
Météo : zone Cap Vert vent E NE 4 à 6.
Données techniques : Distance 120 milles cap 247° vitesse 5, 00 n
Le vent de force 2 à 3 NE fait avancer le voilier entre 4 à 5 noeuds. Ce vent est anormal sur cette zone, à cette époque.

16. Jeudi 28 novembre 1996 11e jour

Dans la nuit, j'ai essayé de nouveaux WC. Il suffit de s'asseoir dans le balcon avant et de se tenir à l'étai. La position est assez naturelle. Les WC chimiques à l'intérieur ne fonctionnent pas bien et les odeurs ne sont pas tenables.
Ce matin, Pierrot est monté en haut du mât pour vérifier si les drisses ne se sont pas trop usées par les frottements. Il est recommandé de vérifier leur état tous les 2 ou 3 jours. Il existe une autre manière en affalant la voile pour vérifier le haut de la drisse.
Météo : Cap Vert vent E NE 4 à 6.
Données techniques : Distance 133 milles cap 252, 3° vitesse 5, 54 n
Le spi est affalé dans la matinée et nous naviguons bâbord amures. En manoeuvrant pour empanner, une écoute a arraché le panneau Goiot de toilettes et il a fallu boucher le trou avec des plaques de bois, sinon la pluie ou la mer pouvait inonder les toilettes.
Dans l'après-midi, le vent a tourné vers l'est en forcissant 4 à 5. Nous n'avons pas une grosse houle, mais des vagues assez courtes.
Entre 18h et 22h, le repos a été difficile.
A 22h, nous avons mangé un plat de pâtes préparé par Pierrot. Pendant le repas, la fixation de la retenue de la bôme a cassé et brutalement la grande voile a empanné sans blesser personne. Une chance.

17. Vendredi 29 novembre 1996 12e jour

Dans la nuit, pendant notre quart, le vent a bien soufflé jusqu'à force 6. Le bateau avance environ à 7 N avec des pointes à 9. Nous allons faire, dans les 24h, plus de 160 milles.
Ce matin, Stéphan a trouvé le premier poisson volant mort sur le pont.
Météo : Cap vert vent E NE 4 à 5, 6 à 7 dans le NW.
Données techniques : Distance 166, 5 milles cap 247° vitesse 6, 94 n.

18. Samedi 30 novembre 1996 13e jour

Les quarts de nuit, seul à la barre, sont des moments privilégiés.
Les deux voiles en ciseau, le voilier avance dans la nuit noir (sans lune), il ressemble à un oiseau qui veut s'envoler avec ses deux ailes déployées.
Le vent arrière entraîne le voilier à 7 - 8 noeuds avec des gerbes d'eau luminescentes qui montent de chaque côté de l'étrave.
Les seuls bruits sont le frottement de la mer contre la coque et le souffle du vent dans les voiles.
Quand la mer est forte et le vent violent, dans ce bateau métallique, les bruits sont amplifiés et par force 6, nous avons l'impression d'être en pleine tempête.
Pour cette raison, il est difficile de dormir quand le vent forcit.
Météo : Cap vert E NE 4 à 5 tournant NE 5 à 6, Alizés Ouest dans l'est, S 4 à 5 6 tournant NE 3 par l'W.
Maintenant nous sommes entre les deux zones.
Données techniques : Distance 172 milles cap 248° vitesse 7, 17 n
Ce midi, nous avons changé d'heure, étant par 33° W. Nous avons reculé nos montres de deux heures.
Dans l'après-midi, le vent a tourné au sud comme l'avait prévu la météo.
Nous avons détangonné le génois pour nous mettre vent de travers au 270°. Dans la soirée, le vent et la mer ont forci. Il a été impossible de dormir.

19. Dimanche 1 décembre 1996 14e jour

Notre quart 22h-4h s'effectue sous un ciel couvert avec des orages. Nous avons encore enroulé le génois et pris un 2eme ris.
Pendant le quart de 4h - 10h, les " Parisiens " ont pris la relève et ils ont transformé l'intérieur en baignoire en mettant leurs cirés trempés sur les coussins. Ils ont renvoyé toute la toile, alors que peu de temps après, un grain leur est tombé dessus. Ils ont été incapables de maîtriser le voilier et en plus ils ont effectué les manoeuvres en caleçon et torse nu.
Description de l'intérieur du bateau : la vaisselle sale ne tient plus dans les éviers, rien n'est rangé, les cirés dégoulinants sont posés sur les coussins, les planchers humides et sales sont des patinoires, les outils traînent partout.
Météo : Alizé W vent E 4 5 6 tournant NE 3 par l'W.
Données techniques : Distance 164 milles cap 267, 6° vitesse 6, 83 n
Vers 3 h, nous avons atteint la moitié de la transat.

20. Lundi 2 décembre 1996 15e jour

Notre quart a été terrifiant, 6 heures de pluies orageuses d'un intensité incroyable.
Tous nos vêtements sont mouillés. L'eau remonte par capillarité dans les manches du ciré. Heureusement la température est clémente.
Pendant le quart de 22h à 4h, le temps s'est levé, mais la mer reste très forte et la hauteur des vagues est impressionnante. Pendant nos quarts, nous ne pouvons pas entrer à l'intérieur car nos cirés sont dégoulinants et en plus ils sont humides à l'intérieur par la transpiration. Quand nous les mettons le quart suivant, ils sont aussi ruisselants qu'une éponge.
Météo : alizé W vent E S SE 5 à 7 mer très forte
Données techniques : Distance 157 milles cap 263° vitesse 6, 54 n
Dans l'après-midi, les grains ont disparu et le ciel s'est dégagé avec l'apparition du soleil.

21. Mardi 3 décembre 1996 16e jour

Toujours même temps et une mer forte. Nous naviguons bâbord amures, vent de travers. Le pont est mouillé régulièrement par les vagues et les grains. Cette nuit, nous avons remis le régulateur.
Météo : alizés W vent SE 5 à 7 mollissant 4 à 5 avec bascule à l'W
Données techniques : Distance 171 milles cap 263° vitesse 7, 13 n
Vers midi, le vent s'est monté à force 7 à 8 de Se. Après un moment, les vagues sont devenues impressionnantes d'une hauteur de 6 à 8 mètres.
Dans les rafales, le haut des vagues blanchissait en longues stries perpendiculaires à la vague. Nous prenons le 3° ris et nous roulons presque entièrement le génois.
Nous essayons d'étaler ce mauvais temps en prenant un cap W, le voilier navigue grand largue aux vagues. L'éolienne se met en survitesse avec un ronflement assourdissant.
Ce bateau en acier est très marin et très sûr, mais la barre est très fatiguante car son système hydraulique démultipliée est longue à réagir.
Une mauvaise mer François a passé son harnais sur son ciré.
Les heures qui vont suivre seront, pour moi, très difficiles Je n'avais vu ces stries sur le haut des vagues que dans les bouquins où l'auteur montrait des photos de tempête.

22. Mercredi 4 décembre 1996 17e jour

Cette nuit est pour moi une galère.
Nous naviguons dans une mer très difficile et impressionnante. La lune étant derrière les nuages, la nuit noire nous empêche de voir l'état de la mer. C'est peut-être mieux ainsi. Nous apercevons seulement les hauts des vagues écumantes nous dépasser. Je n'apprécie pas ce genre de navigation nocturne.
Le matin, la mer s'est calmée et dans la journée, le temps s'éclaircit. Nous enlevons le 2e ris.
François découvre que la pale en bois immergée du régulateur est cassée.
Pierrot passe sa matinée à en refaire une. La nouvelle marche, mais son rendement est moins bon.
Météo : alizé W vent S SE 4 à 5 avec grains.
Données techniques : Distance 155 milles cap 274, 7° vitesse 5, 85 n.

23. Jeudi 5 décembre 1996 18e jour

Dans la nuit, le voilier a bien avancé, avec un ris et le génois enroulé de moitié. Avec François, nous n'avons pas touché au régulateur pendant des heures.
Pendant l'autre quart, le vent est tombé et a tourné au SW.
Vers 8 h, nous avons pris le cap 240 direct sur la Martinique.
Météo : sur l'alizé W, vent E SE 3 à 5
Données techniques : Distance 141 milles cap 263° vitesse 6, 41 n
Vers midi, nous avons renvoyé toute la toile pour naviguer au près au 250 avec un vent de S.
Dans l'après-midi, Pierrot aperçoit des jets d'eau sur l'eau et ce sont plusieurs baleines qui passent à environ 200 m de nous.
Après recherche, nous concluons que nous avons aperçu des globicéphales et une heure après, des dizaines de dauphins viennent jouer autour du voilier. La température de l'eau est de 26°.

24. Vendredi 6 décembre 1996 19e jour

Dans la nuit, pour la première fois, nous apercevons un bateau de pêche et un cargo qui nous dépassent à tribord à environ 300 m.
Pendant notre quart, le vent diminue et le moteur est remis vers 6 h du matin. Dans la matinée, nous nous arrêtons pour nous baigner en plein océan.
Météo : alizés W vent E 3 à 5 vent variable au nord Est Antilles vent E 3 à 4.
Données techniques : Distance 98 milles cap 242° vitesse 4, 17 n
Le moteur a été arrêté dans la soirée.
Nuit avec un vent frais. Avec François, nous passons notre quart à manoeuvrer : tangonner le génois tribord amures, envoi du spi, changer l'amure en changeant le tangon, le génois et le spi et affaler le spi. 6 heures de manoeuvres incessantes.

25. Samedi 7 décembre 1996 20e jour

Vent faible. Vers 12 h, navigation sous voiles pendant quelques heures.
Météo alizé W et E Antilles vent E SE 3 à 5
Données techniques : Distance 124 milles cap 224, 4° vitesse 5, 17 n
Dans la soirée, Pierrot, Stéphan et François sont pris par la fièvre du samedi soir. Un certain nombre de bouteilles sont vidées en particulier celles de whisky. Certains ont du mal à prendre leur quart à 4 H.
Je reste longtemps seul dans le cockpit. Ces quarts de nuit solitaires sont pour moi des moments merveilleux. Le voilier avance sous la voûte céleste illuminée d'étoiles. Le temps est calme. Toutes ces conditions transforment ces instants en des moments de longues réflexions et facilitent le détachement de l'instant présent.
L'esprit, entraîné par de longues réflexions, navigue sur un océan d'extase et de bonheur. Ces quarts nocturnes sont pour moi des moments privilégiés.

26. Dimanche 8 décembre 1996 21e jour

Météo : E Antilles vent SE 4 à 5.
Nous avons changé de zone. Nous avons atteint E Antilles.
Nous avons reçu la météo sur les ondes courtes vers 11 h 40 heure TU, 15300 Mhz près des côtes marocaines et 15365 Mhz dans les caraïbes.
Données techniques : Distance 138 milles cap 234° vitesse5, 75 n
Nous naviguons au 240° grand largue sous génois et grande voile. Notre vitesse est minimisée par l'absence de spi triradial qui nous permettrait d'augmenter notre vitesse.

27. Lundi 9 décembre 1996 22e jour

Météo E Antilles vent E 4 à 5 et Se dans le nord
Données techniques : Distance 152 milles cap 229, 3° vitesse 6, 33 n
Ce midi, nous avons demandé à Pierrot de faire du pain.
Je ne sais pas pour quelle raison, mais plus nous lui demandons, plus il retarde le moment de le faire. Pour arrêter ce chantage, j'ai décidé de le faire cet après-midi. Pierrot n'est pas très courageux.
Il fait une chaleur étouffante aujourd'hui et le soleil est intenable, tout le monde grille sur le pont. Du point de vue climatique, nous approchons des Antilles.

28. Mardi 10 décembre 1996 23e jour

Météo E Antilles vent E 3 à 4, tournant N 4 à 5 dans le nord
Données techniques : Distance 149 milles cap 226, 5° vitesse 6, 21 n
Nos provisions commencent à diminuer, nous avions compté sur 20 jours de traversée.
Nous mangeons maintenant les conserves et le jambon fumé. Nous allons manquer de lait et de sucre.
Cette nuit, en faisant cuire le pain, la première bouteille de gaz s'est vidée. Nous l'avions changée à Madère. Nous avons mis la deuxième et dernière (bouteille grand modèle). Vu la cuisine qui est faite et que nous faisons la vaisselle à l'eau de mer froide, la consommation de gaz est faible et minimisée de moitié.
Nous avançons sous génois et grande voile avec un vent de force SE 3 à 4 à la vitesse de 6 noeuds.
Cette nuit, la grande voile est tombée sur la bôme. Rupture de la drisse en haut du mât par les frottements provoqués par le roulis et les claquements de la voile.
Nous avons remplacé la drisse par la balancine de bôme qui est de même diamètre. Négligence.

29. Mercredi 11 décembre 1996 24e jour

Dans la nuit, pendant notre quart, j'ai barré les six heures pour laisser François se reposer, il avait besoin de sommeil.
Météo : E Antilles partie nord vent N 3 à 5 tournant NW et partie sud vent E 3 à 4 tournant NE 5 par l'W.
Données techniques : Distance 128 milles cap 220, 6° vitesse 5, 33 n
La température de l'eau est 28, 7°. La journée est torride. Il est difficile de rester au soleil.
Pendant notre quart de nuit, nous sommes en tee-shirt, tellement la température est douce.
A cause du manque de vent, nous alternons les périodes de moteur et de voile.

30. Jeudi 12 décembre 1996 25e jour

Météo : N Antilles Vent NE 5 à 6 - 3 à 4 dans l'E S Antilles vent E 3 à 4 forcissant 5 dans le N.
Données techniques : Distance 133 milles cap 239° vitesse 5, 54 n
Dans la nuit, nous mettons les voiles, mais le matin, la vitesse est tombée à 3 noeuds.
Pour que ce cargo avance, il lui faut un bon force 4. De plus, la plupart du temps, nous naviguons au grand large ou vent arrière, une allure où le génois est déventé et où le rendement des voiles n'est pas bon.
Cette lenteur et notre heure d'arrivée qui recule nous mettent les nerfs à vif.
Ce matin, nous avons fini notre dernier pack de lait et l'eau en bouteilles arrive à la fin.
Le moteur tourne tout l'après-midi et nous avons du mal à dormir.

D. Arrivée sur la Martinique le samedi 14 décembre 1996



31. Vendredi 13 décembre 1996 26e jour

Le quart de nuit a été affreux. La mer est forte. Il faut tirer des bords grand large, soit au 180°, soit au 330° alors que notre cap devait être 260° et qu'il reste encore 100 milles à faire.
Météo : S Antilles vent E 3 à 4
Données techniques : Distance 148 milles cap 240° vitesse 5, 86 n
Ce matin, le ciel est couvert et le vent souffle à force 5.
A 12h 30, il reste 54 milles à parcourir.
A 15 h (HL), le moteur comptait 140 h de fonctionnement. Depuis le départ, j'ai réalisé un exploit " ne pas recommencer à fumer ". François et Pierrot ont fumé 1 à 2 paquets de cigarettes par jour chacun. Dans un endroit si restreint, j'ai tenu bon et maintenant, je suis guéri de cette envie de fumer. Bravo ! ! ! !
Il est 17 h 05 TU, nous venons d'apercevoir la Martinique située à 34, 2 milles.
A 21 h 56, nous contournons le sud de la Martinique et nous rentrons de nuit au Marin dont l'approche nocturne est très difficile. Il est impossible de discerner les feux d'entrée dans la multitude des lumières.
De plus, je discerne un certain flottement dans leur navigation d'approche. J'ai peur que notre transat finisse sur une caye.
A 22 h 40 TU, nous sommes amarrés. La transat est finie.
Température de l'eau 29. 3.
Le compteur du moteur marque 149 heures. Nous avons navigué 103 heures au moteur, c'est-à-dire plus de 4 jours. Un record pour des voileux.
Données techniques :
Date et heure d'arrivée :13/12/1996 22:40 TU
Distance parcourue depuis 13 h :74, 6 milles cap 240 ° vitesse 8, 86 n
Distance prévue au départ = 3142. 40 milles
Distance parcourue au loch = 3483, 40milles en 609, 00 h à la vitesse de 5, 72 noeuds
Milles parcourues en plus = 341 milles (+ 10%)

32. Samedi 14décembre 1996 la plus difficile

La journée est consacrée au rangement et au nettoyage du bateau.
Le soir, nous allons au restaurant avec les propriétaires du bateau et avec des amis de l'équipage. En sortant, nous allons nous baigner dans l'eau sale du Marin.
Après, je n'ai aucun souvenir de la soirée. Mes amis m'ont raconté que ma tête a du heurter une bouteille de rhum. Ils ont eu la gentillesse de me rapporter dans le bateau.

33. Remarques

Le récit de cette traversée et mes impressions ont été notés, tous les jours, sur mon ordinateur, pour ne rien oublier. Une conclusion : " transat cool "

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Page mise à jour le 15 novembre 2010
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